IAM, c?est 6 hommes, six "gadjos" qui tenaient les murs au pied de la Canebière, juste devant la station de métro Vieux-Port : Philippe Fragione (Chill, Akhenaton) et Geoffroy Mussard (Jo, Shurik'n), les 2 leaders et rappeurs du groupe, Eric Mazet (Dj Khéops), Pascal Perez (Imhotep) "architecte musical", et deux danseurs touche à tout, Malek Brahimi (Sultan, Freeman) et François Mendy (Kephren).
Leurs pseudonymes comme leurs textes font référence à l'égyptologie. Mais leurs influences sont diverses : les arts martiaux (généralement chinois) et le Taoïsme pour Shurik'n ; des films, comme "La Guerre des Étoiles" ou "Le Bon, la Brute et le Truand" pour ls autres.
De la Planète Mars
Ils partagent une passion commune pour le hip-hop et notamment le "new sound" venu de New York avec pour ambassadeurs, Trouble Funk ou Sugarhill Gang, la Zulu Nation d'Afrika Sambataa.
Ils finissent par sortir de l?ombre en 1989 avec une première production, la cassette mythique Concept qui leur permettra de signer avec le producteur de RapAttitude. Le rap est né en France et les marseillais enchaînent alors concerts et premières parties (Madonna, Public Ennemy, Kid Frost?. Leur notoriété grimpe en flèche.
Deux ans plus tard, IAM enregistre un premier album De la Planète Mars contenant les singles "Red Black and Green", "Tam Tam de l?Afrique" ou "Hold-up mental", sorte de profession de foi du groupe. IAM part à la conquête du paysage musical français en fustigeant le Front National "Je me souviens, ce jour-là, la peur, quand 25 % ont collaboré avec l'envahisseur" (Planète Mars). D'ailleurs, dès 1991, le journal d'extrême droite Minute, les rebaptisent "De la planète Meurtre". Un des chevaux de bataille d'IAM sera de pousser les jeunes à s'inscrire sur les listes électorales et à combattre les lois Debré. Ils participent d'ailleurs à l'enregistrement du single 11'30 contre les lois racistes (en compagnie d'Assassins du Ministère A.M.E.R et de Menelik, sous l'égide du réalisateur Jean-François Richet). Car IAM est désormais conscient de sa responsabilité, mais aussi de son potentiel.
Le Mia
En 1992, le groupe se pose à La Friche de la Belle de Mai, ancienne manufacture de tabac transformée en lieu culturel et prêtée généreusement par la SEITA aux artistes de la cité phocéenne en échange d'un concert par an. Ils installent leur QG dans un local de 100 mètres et concoctent leur deuxième offensive martienne : le somptueux double album Ombre est lumière produit par Nick Sansano. L'homme qui va être à l'origine du nouveau son d'IAM a une très bonne carte de visite grâce à son travail avec Sonic Youth, Run DMC, et surtout Public Ennemy. L'ascension du groupe vers les sommets est donc irréversible. Nous sommes en 1993 et "Mars contre-attaque" avec des brûlots comme "L'aimant" qui deviendra plus tard un film écrit et réalisé par Akhenaton, mais aussi des pépites comme "Je Danse Le Mia" au clip signé Michel Gondry. Ce dernier succès, qui les amènera jusqu'aux Victoires de la Musique en 95, dépasse les rappeurs phocéens et l'image commerciale du Mia finit par les gêner. Le message de la chanson est loin de représenter l'esprit du groupe et IAM avoue avec force qu'il n'y aura jamais de Mia 2. La tournée Ombre est Lumière, forte de 80 dates, est désormais terminée et le groupe choisit de prendre du recul.
Projets parallèles
Akhenaton s'aventure en solitaire avec Métèque et mat sorti en octobre 95. Cet écart discographique ne l?empêche pas de rejoindre ses collègues pour enregistrer L'école du micro d'argent, un double album qui bénéficie d'un engouement immédiat. Chaque titre, qui relate la vie dans les cités, est un single en puissance comme "Petit Frère", "Un cri court dans la nuit" écrit sur le mode de la chronique urbaine.
Puis la série des projets solo se poursuit : un album solo pour Shurik?n Où Je Vis, un autre pour Khéops Sad Hill où interviennent des rappeurs de la planète de Marseille ou d?ailleurs (Stomy, Passi, Oxmo Puccino, Iam, 3ème ?il, Faf Larage, Fabe....). Imhotep avec le sublime Blue Print, comme Freeman avec L?alais De Justice ne sont pas en reste.
IAM a balancé un dernier single en 1999 "Indepedenza". Et histoire de faire patienter les fans, Philippe Fragione dit Akhenaton, alias Chill ou Sentenza chamboule la belle ordonnance du hip-hop français. D'abord, il enregistre un projet funky rap sous le nom d?Electrocypher et un deuxième essai en solitaire intitulé Sol Invictus (Soleil invincible). Ce stakhanoviste, converti à l'islam dans les années 90, demeure un observateur de premier plan, installé au c?ur d'un triangle formé par Naples, Marseille et Brooklyn.
IAM ne craint pas la concurrence et favorise même l?essor de nombreux groupes, comme La Fonky Family ou 3ème ?il, à travers Côté Obscur, une infrastructure destinée à aider les jeunes rappeurs de Marseille.
Car IAM est une véritable émanation de l'esprit et de l'histoire de Marseille. Le groupe revendique haut et fort son métissage (leurs membres combinent origines napolitaine, malgache et réunionnaise, pied-noir et espagnole, algérienne et sénégalaise !), son goût de la tchatche et son accent.